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Leçons de Nyepi, la journée du silence à Bali

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Une fois par an, Bali respire un calme profond et sacré.

L’aéroport ferme. Des rues vides. Les magasins et les restaurants tamisent leurs lumières. Même le bourdonnement constant des motos disparaît des routes. Pendant vingt-quatre heures, une île connue pour son rythme, ses cérémonies et ses mouvements s’arrête dans le calme collectif.

C’est Nyepi, le jour sacré du silence de Bali et le début du nouvel an hindou balinais. Cette année, cette journée sera à l’honneur le 19 mars, date à laquelle l’île se repliera à nouveau sur elle-même pour une période consacrée à la réflexion et au renouveau.

Ayant vécu à Bali de temps à autre au cours de la dernière décennie, j’ai eu la chance de faire l’expérience du silence rare et transformateur de Nyepi au fil des années. À chaque fois qu’il s’approche, un sentiment d’anticipation envahit l’île. La veille au soir, des effigies de cérémonie géantes connues sous le nom d’ogoh-ogoh sont transportées dans les rues du village dans une procession dramatique de tambours, de feu et de chants. Ces figures imposantes représentent des forces chaotiques et des esprits agités, qui sont symboliquement chassés avant que l’île ne se prépare à accueillir la nouvelle année.

Puis, presque d’un coup, tout s’arrête.

À Nyepi même, cette journée est honorée dans toute l’île avec un engagement collectif remarquable. Connu localement sous le nom de Catur Brata Penyepian, il suit quatre principes directeurs : pas de feu ni de lumière, pas de travaux, pas de déplacements et pas de divertissement. Pendant vingt-quatre heures, tout le monde sur l’île, locaux et visiteurs, participe au repli de Bali.

De l’extérieur, l’idée de la fermeture volontaire d’une île entière peut sembler presque inimaginable. Pourtant, pour les Balinais, Nyepi n’est pas une question de restriction. Il s’agit d’une pause sacrée consacrée à la purification et au renouveau, destinée à rétablir l’équilibre entre l’homme, la nature et les forces spirituelles censées façonner le monde.

À une époque définie par le mouvement constant et le bruit numérique, le concept semble discrètement radical.

Récemment, je me suis retrouvé à réfléchir à nouveau à ces thèmes plus profonds après avoir vécu une retraite de bien-être inspirée par l’esprit de Nyepi.

Appelée Mauna : L’Art du Silence, la retraite a eu lieu à l’Apurva Kempinski Bali, paisiblement perché au-dessus de l’océan Indien. Le programme s’inspire de la philosophie de Nyepi, invitant les invités à explorer le calme, la réflexion et la déconnexion consciente du rythme de la vie moderne.

Il ne s’agissait pas de silence forcé. Au lieu de cela, il offrait quelque chose de plus subtil et peut-être de plus stimulant : l’espace.

Espace pour être sans distraction. Éloignez-vous de la stimulation constante. Espace pour remarquer l’esprit. Espace pour se reposer. Et lorsque les distractions habituelles disparaissent, un autre type de silence commence à émerger, celui qui vous rappelle doucement à vous-même.

Nos journées se déroulaient lentement, guidées par des rituels doux plutôt que par des horaires rigides. Les matinées commençaient par du yoga et de la respiration dans une chapelle surplombant la mer, l’horizon s’éclaircissant progressivement à mesure que le corps s’éveillait et que l’esprit s’adoucit dans un rythme plus calme. Les téléphones sont restés cachés une grande partie de la journée. Les conversations ont ralenti. L’urgence habituelle de la vie quotidienne semblait se dissoudre.

Sans les distractions familières de la vie moderne, j’ai pris pleinement conscience de la rapidité avec laquelle l’esprit remplit l’espace. Les pensées arrivaient dans un flot presque incessant de commentaires et de bavardages. J’ai remarqué combien de fois ce bruit intérieur m’éloignait du moment présent, des joies simples qui se déroulaient autour de moi, et même du repos nocturne.

C’était un puissant rappel de la profondeur avec laquelle notre système nerveux s’est adapté à une stimulation constante.

L’un des séminaires de retraite était dirigé par l’experte australienne du sommeil Olivia Arezzolo, qui a partagé ses connaissances sur les rythmes circadiens et la relation naturelle du corps avec le repos. Son point de vue a ajouté une perspective scientifique fondamentale à ce que de nombreuses traditions spirituelles ont compris depuis longtemps. Lorsque la stimulation diminue, le système nerveux passe d’un état de vigilance constante à un état de restauration, favorisant un sommeil plus profond et une régulation émotionnelle.

Au cours de la séance, Arezzolo a partagé un rappel frappant de la rapidité avec laquelle le corps réagit aux perturbations du sommeil. Même une seule nuit de sommeil insuffisant peut augmenter les niveaux de cortisol de 37 pour cent, tandis que la privation chronique de sommeil a été associée à un risque 94 pour cent plus élevé de souffrir d’épuisement professionnel et de 30 pour cent plus sujet à l’anxiété.

Dans cette optique, le repos n’est pas un luxe. C’est une nécessité biologique pour notre qualité de vie.

La retraite a équilibré ces idées avec des expériences qui ont honoré les traditions spirituelles de Bali. L’un des moments les plus mémorables s’est déroulé sur la plage de Geger peu après le lever du soleil, par une matinée légèrement pluvieuse.

Vêtus de tenues de cérémonie, nous avons marché sur le sable tandis que la lumière filtrait à travers les nuages ​​bas. L’océan était calme, sa surface se déplaçait doucement sous la pluie. Guidés par un prêtre balinais, nous sommes entrés un à un dans l’eau pour participer à un rituel de purification traditionnel, pratique sacrée destinée à purifier le corps et l’esprit.

Debout là, dans la mer fraîche, avec les vagues se déplaçant lentement autour de nous, c’était comme une expression vivante de ce que Nyepi représente.

Pas le silence comme l’absence.
Le silence comme renouveau.

L’idée du silence comme chemin vers la clarté n’est pas propre à Bali. Dans toutes les cultures et traditions spirituelles, le calme intentionnel a longtemps été utilisé comme un moyen de se replier sur soi.

Aujourd’hui, de nombreuses personnes recherchent cet objectif à travers des retraites silencieuses, y compris la pratique bien connue de Vipassana, où les participants passent des jours, parfois même des semaines, sans parler ni interagir avec le monde extérieur. L’expérience peut sembler conflictuelle au début, éliminant les distractions que nous utilisons souvent pour remplir l’espace. Pourtant, ceux qui terminent ces retraites les décrivent souvent comme profondément transformatrices.

Même une courte période de calme peut avoir un effet notable. Sans le flux habituel de notifications, de conversations et d’apports externes, l’esprit commence à s’installer. La conscience s’aiguise. La présence revient.

Le silence est devenu quelque chose de rare dans la vie moderne. Pourtant, c’est l’une des formes de restauration les plus précieuses dont nous disposons.

La philosophie derrière Nyepi ne doit pas nécessairement se limiter à un seul jour ou à un seul lieu. Son invitation la plus profonde est bien plus simple : créer des moments de calme au rythme de la vie quotidienne.

De petites poches de pause peuvent être intégrées en douceur aux routines modernes. Cela pourrait commencer par quelque chose de simple. Trente minutes de silence le matin avant de sortir votre téléphone. Une promenade effectuée sans écouteurs. Une soirée chaque semaine sans distractions numériques. Donner la priorité au sommeil et permettre au corps le repos qu’il réclame depuis longtemps.

À l’approche de ce jeudi, Nyepi offre une belle invitation à vivre cela de manière plus intentionnelle. Vous n’avez pas besoin d’observer une journée complète de silence comme le font les Balinais. Au lieu de cela, vous pourriez choisir quelques heures pour honorer l’esprit de la journée à votre manière, peut-être en laissant votre téléphone derrière vous et en passant du temps dans la nature, ou en vous asseyant avec un journal et en vous accordant une période de calme ininterrompu, quelque chose que la vie moderne nous donne rarement la permission d’expérimenter.

L’expérience de Nyepi au fil des années, et plus récemment la réflexion sur la retraite Mauna inspirée par sa philosophie, ont remodelé ma façon de penser le silence.

Pour moi, le cadeau durable de Nyepi a été la façon dont il me recentre, son influence se répercutant sur ma vie bien après le jour lui-même. Cela me rappelle que le calme possède son propre pouvoir et que même de petits moments de pause peuvent nous reconnecter à nous-mêmes.

Dans le calme, nous nous rappelons comment réécouter.

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