Une alimentation saine semble trompeusement simple – manger plus de fruits et légumes et éviter la malbouffe, non? Cependant, une alimentation saine n'est vraiment pas facile.
Un nouveau rapport illustre à quel point les aliments malsains sont omniprésents, à quel point ils sont agressivement promus et à quel point il est difficile d'accéder à des aliments sains dans des endroits où nous passons notre temps.
Nous faisons partie d'une équipe de 18 experts en matière de nutrition et de politique alimentaire de partout au Canada qui ont examiné la recherche des cinq dernières années pour exposer les facteurs environnementaux qui influencent ce que les gens au Canada achètent et mangent. Nous avons exploré de nombreux facteurs différents, comme la qualité des aliments, les pratiques de commercialisation des aliments et les aliments disponibles dans des endroits comme les hôpitaux, les écoles et les épiceries.
Le rapport fait partie d'un réseau international appelé Informas (International Network for Food and Obésity / Non-Communable Diseases (NCDS) Research, Suiviling and Action Support). Nos résultats renforcent que, des maisons aux hôpitaux, l'approvisionnement alimentaire du Canada nécessite une réforme.
Ce que nous voyons, c'est ce que nous obtenons
La nourriture malsaine est partout, et cela rend la tâche difficile à éviter: ce que nous voyons, c'est ce que nous obtenons. Notre rapport a révélé que la plupart des aliments emballés dans les épiceries sont malsains. En fait, les deux tiers d'entre eux étaient riches en sel, en sucre ou en graisses saturées. Seuls 12% étaient faibles dans ces nutriments.
Des aliments malsains sont facilement disponibles à l'achat. Une étude a montré que les enfants d'Ottawa avaient, en moyenne, 19 endroits pour acheter des aliments à moins d'un kilomètre de leur école. À Vancouver, ce nombre était aussi élevé que 45.
Les environnements en magasin ont également contrecarré des achats sains: 50% des magasins avaient des «murs de puissance» de bonbons, de collations et de boissons sucrées, tentant les consommateurs à la caisse, tandis que seulement environ un magasin sur cinq a fonctionné à la caisse sans ordures. Et presque toutes les cafétéries de l'hôpital et les distributeurs automatiques de centres de loisirs ont vendu des boissons sucrées.
Les aliments malsains sont également fortement commercialisés, en particulier pour les enfants. Une étude a estimé que les enfants âgés de six à 11 ans voient plus de 4 000 publicités alimentaires sur leurs appareils numériques chaque année, tandis que les enfants plus âgés voient deux fois ce nombre. Environ 90% des publicités que les enfants ont vues sur leurs appareils numériques ont été jugées moins saines en fonction de leur sucre, de leur teneur en graisses saturées.
Un examen plus approfondi de la commercialisation dans cinq catégories de produits alimentaires dans le rapport Informas Canada a révélé qu'un tiers des produits transportaient le marketing ciblant les enfants.
Par exemple, près de 46% des céréales de petit-déjeuner ont utilisé des techniques de marketing qui ont rendu les produits amusants ou cool, ou ont utilisé des personnages et des célébrités de dessins animés, pour attirer les jeunes consommateurs. Plus de 90% des produits utilisant ces techniques étaient malsains. Sur 75 pour cent des aliments qui avaient une sorte de réclamation pour la santé ou la nutrition sur leur emballage mettant en évidence des attributs sains de produits, 45% de ces produits étaient également riches en sel, en sucre ou en graisses saturées.
Les aliments malsains sont grands, bon marché et faciles
Notre rapport illustre comment, à bien des égards, les cartes sont empilées contre nous en termes d'alimentation saine. L'industrie alimentaire, où le pouvoir est souvent concentré entre les mains de quelques grandes sociétés multinationales, continue de créer et de commercialiser des aliments malsains, malgré les engagements déclarés à faire mieux.
Avec des aliments malsains si disponibles et tentants, il n'est pas surprenant que de nombreux Canadiens ont du mal à manger selon le guide alimentaire du Canada.
Nos environnements alimentaires malsains nous rendent malades et nous payons tous le prix. On estime que l'alimentation malsaine coûte plus de 15,8 milliards de dollars, y compris les coûts directs des soins de santé de 5,9 milliards de dollars. Avec une alimentation malsaine un risque de décès et le deuxième risque de handicap au Canada, il existe un fort impératif moral et économique d'action pour améliorer les environnements alimentaires.
Créer des environnements alimentaires plus sains
Il ne doit pas être ainsi. En plus de fournir des données d'analyse comparative, notre rapport propose une feuille de route aux décideurs, aux leaders de l'industrie et aux défenseurs de collaborer pour créer des environnements alimentaires plus sains et plus équitables pour tous les Canadiens.
Le Canada peut également s'inspirer des leaders mondiaux de la politique alimentaire comme le Chili et le Mexique. Les deux pays ont introduit des étiquettes d'avertissement au premier plan pour les aliments riches en sucre, en sodium ou en graisses saturées, combinées à des restrictions sur la commercialisation des produits malsains aux enfants et des taxes sur les aliments malsains.
Le Canada emboîtera le pas avec les étiquettes de front de pack en janvier 2026, mais le changement de politique dans ces autres domaines fait défaut.
Les taxes sur les boissons sucrées existent déjà dans plus de 45 pays, le Royaume-Uni a récemment vu des réductions de la consommation de sucre après la mise en œuvre d'une taxe sur les boissons sucrée. Le Canada, malheureusement, est en retard, avec Terre-Neuve-et-Labrador la seule province ayant une taxe sur les boissons sucrées.
Alors que la politique alimentaire nationale scolaire du Canada déploie, il existe des possibilités de protéger la nourriture scolaire contre les intérêts acquis. Ces actions doivent être étendues à d'autres environnements alimentaires: nos maisons, nos hôpitaux et les épiceries.
Avec la menace des tarifs imposés par les États-Unis et potentiellement créant des défis majeurs pour l'abordabilité alimentaire, plus de Canadiens recherchent un approvisionnement alimentaire fabriqué au Canada. La création d'environnements alimentaires et de systèmes alimentaires plus sains prend un engagement fort des dirigeants à tous les niveaux (fédéral, provincial, territorial et municipal).
Notre rapport d'informations peut aider à créer une transition nutritionnelle qui nourrit notre population et soutient nos producteurs d'aliments, agriculteurs et pêches. Ce rapport plaide pour améliorer nos environnements alimentaires et montre la voie à un avenir plus sain pour tous les Canadiens.
